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L'ANTRE
UN GENOU SUR LA TERRE
Vous voyez laissez faire Volez nos idéaux Vendangez vos affaires Affalés sur nos peaux
Un genou sur la terre Le coeur dans le ruisseau L’autre dans le désert Miné de gouttes d’eau
Incendiez nos artères Spéculez sur nos dos Economie prospère Agonie des tombeaux
Un bras vers l’antre mère L’inconnue des zéros L’autre vers Les chimères Du néant des dévots
Vous niez nos « alter » Décimez nos « ego » Redevenus poussières Evincés sans un mot
Fossoyeurs de l’enfer Envoûtés par les os Un oeil sur la misère L’autre sur l’oléo…
AUX CREUX DES VOUTES
J’avais encore pris la fuite Encore disparu comme un chien Cru mes souffrances maudites Final’ment passées sous un train
L’entrée devenue interdite T’avais cru bon de n’être rien Pour enfin vouer à l’exit Mes envies et mes vaines en vain
Encore pourquoi attendre tout un été Encore raisons ou tords à traverser C’est mort laissons nos corps nos amours tués Tu dors je n’ai plus rien à sacrifier
Et puis j’ai retaillé la route J’en ai même oublié les mots C’était sans compter sur les doutes Que t’avais gravé sous ma peau
Du dos des vagues aux creux des voûtes J’ai nagé jusqu’à mon ego Noyé de silence à l’écoute Le monde en transe était bien faux
Encore encore une vie à rêver Des ports où nous aurions du nous croiser C’est mort et tous nos décors immolés Dévorent nos dernières intentions volées
Encore des hémicycles à dissuader De l’or et de son miracle d’idées C’est mort et moi je sors me suicider Tu dors laissons le sort au grand secret
TU TE PERDS / NO TRAIN
Tu n’as pas le sang de ton frère Tu n’as ni enfant ni enfer Enfermée dans ton hémisphère Tu cherches du vent tu te perds No rain for falling No pain for crying No brain for diving No train for leaving Tu n’as pas le sang de ta mère Tu envies le temps des mystères Tu n’as jamais bu la colère Tu cherches en dedans tu te perds
Tu n’as pas le sang de ton père Tu cries invoquant la lumière Tu t’enfuies souvent sous la mer Tu cherches tu prends tu te perds
Tu envies le temps des mystères Tu cries invoquant la lumière Tu t’enfuies souvent sous la mer Tu cherches du vent tu te perds No blame for bleeding No flame for flying No fame for dreaming No train for leaving
DANS LA PEAU
J’y peux rien si j’t’ai dans la peau A qui la faute si tout prend l’eau Mais je me braque
Et tu traques à l’antique Qui se moque et te maque De ses chèques à ses tiques Sous ta toque c’est l’arctique Sans les flaques
J’me suis repenti jusqu’à l’os De mes déserts mes airs atroces Mais tu me manques
Et tu planques à la troupe Que tu plaques au déclic De tes claques à mes tripes Sous la trappe c’est le doute Qui nous quitte
J’me suis offert une nouvelle peau Mais plus je trinque plus tout est faux A raz du sol
Ta boussole c’est le fric Que tu troques au détail De ton froc à ton chic Sous le choc c’est la trique Qui se taille
Au diable celles qui auront ma peau Plus de sable de temps pour nos mots Insupportables
Et je câble d’autres sortes Qui se servent et se suivent De mon sang à ta porte Sous la cire notre rive Est bien morte
J’y peux rien si tout est barré Remet ta cote à jour mon amour Nous serons quitte
EMBRASE-LES POUR MOI
Embrase-les pour moi Toi qui me frôle en douce Et te disperse là Je sais que tu les vois Ce sont eux qui me poussent Venus d’autres détroits Insensibles aux secousses Invisibles et parfois L’or qui nous éclabousse L’amour qu’on ne dit pas Ce sont eux qui font çà Ce sont eux qui font çà
Embrase-les pour moi Du plus pur de tes yeux Du plus clair de ta bouche J’en ferai des envieux Il faut que tu y touches Rendre leur compte à ceux Qui nous regardaient louches Et rendre son éclat A l’amour qui découche Et qui nous survivra Embrase-les pour moi Ce sont eux qui font çà
Embrase-les pour moi Je sais bien qu’il est tard Jamais trop tard pour çà Jamais trop tard pourquoi J’ai fini de l’espoir J’ai failli de l’endroit Où tout est dérisoire Impossible et parfois L’or qui redevient noir L’amour tué de sang froid Ce sont eux qui font çà Ce sont eux qui font çà
DU SANG A LA SCENE
Du sang à la scène Et des scènes au silence Des souries qui dansent Et des envies qui traînent
Des sourires qui gênent Nos simples apparences Jalonnent et puis freinent Les dernières de nos transes
Dessous les sirènes De notre indifférence L’amour qui s’égraine S’en remet à la chance
Tu songes à la haine Rectifies la distance Vidé de son sens Notre immense est ta peine
Du sang à la scène Et des scènes au silence Des souris qui dansent Et des envies qui gênent
Des sourires qui traînent Qui torturent nos transes Jalonnent et puis freinent Nos simples apparences
VERT
Vert tout au fond de ton verre C’est mon orgueil Terre et c’est toi qui m’enterres En mille écueils
Sert savoir a quoi tu sers Quand c’est moi qui opère Et qui tourne de l’œil
Bois nos souvenirs amers Aux creux des anses Vois et prend ce qu’on y perd En existence
Soit la dernière des pitances Resteront nos silences Pourriront nos déserts
Vis dans l’ombre ou la lumière Des entournures Prie pour les derniers mystères Que tu conjures
Suis le sacrifice austère Du service à l’enfer Qui se glisse en nos murs
Verre aussi vide que l’air Tu t’immacules Vers des idéaux pas clairs Et je recule
Sert de nouveaux préambules Et survivra ta bulle Dans un autre univers
MARIANNE
Ma petite fleur tu ries tu pleures et tu te fanes Mais la nuit je pense à Marianne La vie nous voue à la mort nous dévore nous désarme Repose encore au cœur de nos larmes
Suicidées les années tracées me hantent et me rongent Le temps se meurt autour de mes songes A l’aurore horreur du décor s’étire et s’allonge Tout se transforme alors en mensonge
Ma petite fleur si c’est ailleurs qu’on te réclame N’oublie jamais l’envers de nos âmes A travers toi nous serons là pour toujours en flamme De nos déserts c’est nous que l’on damne
Plus je m’approche me raccroche et plus elle s’éloigne Sans que rien ni personne n’en témoigne Ma petite fleur tu ries tu pleures et tu te fanes Mais la nuit je pense à Marianne
JE NE TE SUIS PAS
Je ne te suis pas Je ne suis personne Je l’savais déjà Mais là j’en frissonne Habillée comme çà Et coupée garçonne C’est vrai que t’es bonne Sur’ment pas pour moi
T’as l’air bien trop conne Bien trop fière de toi De celles qu’on rançonne Ou qu’on jette aux rats L’allure de tes pas Le long des colonnes Meurtrie cet automne Glace mon émoi
Je ne te suis pas Quand tu déraisonnes M’attires et me donnes L’envie d’être à toi Combien de ces hommes Se sont fait ta proie Pour que tu t’adonnes A tuer de sang froid
Encore tu ronronnes Tu plisses la soie Craches ton opium Et blesses ma foie Vas où tu voudras Faire ce qu’ils te somment Ce qu’ils veulent de toi Qu’on me le pardonne
AVIDE
Je juge et je vois Quand le jour s’endort Je gruge et je broie De l’or Je m’insurge une fois Que l’on me dévore Qu’il ne reste aucun Décors Je juge et je noie Mes flippants efforts Assiégée la soie Me mord Je m’insurge au froid Brûlé de remords Irradiée ma foi S’ignore
Et puis j’ère en vain Je digère enfin L’ignoble Les tristes dégâts Qui n’en demeurent pas Moins nobles Au bout de la terre D’autres s’indiffèrent Du vide Mais à mon trépas Le diable viendra Livide
Que faire de mon encre De mon sang nacré L’enfer me désancre Me charme L’hiver me désarme Je n’sais où planquer Mes restants de larmes Mes pieds Quand ils s’abandonnent Me poussant au crime Et qu’ils me pardonnent L’infime Le pire des étés Revenu plancher Sur mon âme avide D’aimer
CHERCHE BIEN
Cherche bien Tu verras Qu’il n’y a rien Ici bas Cherche au fond Cherche au bord Ton sommeil Jouera l’sort Si l’échec te rend fou Rendors toi Oublie tout Si tu restes éveillé(e) Continue de chercher
Cherche bien Tu verras Qu’il n’y a rien Ici bas Cherche encore Comme un chien Va dehors Et reviens Si tu trouves ne dis rien Efface toi au matin Si tu restes t’es perdu Tu contestes t’es foutu
LES AUTRES
Les autres sont si « noir » Les autres sortent d’autre part Les autres sont si en retard Si différents de notre histoire
Les autres font où ça leur chante Pas pour un rond ils tuent ils mentent Quand me l’amour revient au ventre Je rentre
Tu parles de silences Qui te remplissent l’existence Tu anéantis ton audience Ne saisis jamais plus ta chance
Les autres sont buvards Ils noient mes peines dans leurs espoirs Laissent grandes ouvertes leurs armoires Tu pars
Les autres sont cigares Si distinguo ’trement bizarres Les autres s’ennuient broient de l’art Sur mon comptoir
Les autres vont où ça leur chante Pas pour un rond ils tuent ils mentent De l’apathie à l’épouvante J’ai mal au ventre J’ai mal mon antre
Textes de David THIBAULT
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